J’atttrape surtout des visages de femmes savamment maquillées

Dans une petite ville de Provence, l’été, je me retrouve dans une sorte de festival, un grand marché de la spiritualité avec, en invité d’honneur, un célèbre voyant qui consulte sur un immense tapis, posé sur la rue. On y mange aussi de très grandes pizzas, découpées à même ce sol. Je rencontre Thomas dans la foule. Il est revenu très vite en France. Il est là pour voir un de ses amis designer (c’est Florian, le galeriste de Berlin) que je connais pour l’avoir photographié sur commande d’un magazine de déco. J’emmène Thomas chez lui. Ses bureaux sont dans un sublime lieu : l’extérieur a l’apparence d’une cathédrale romane, dont l’intérieur est comme évidé. Une galerie court tout le long, qui distribue plusieurs palais et hôtels XVIIIème somptueux, comme neufs. Au milieu, sur ce qui est au quotidien un parking, des grandes tablées de gens habillés en costumes d’aristocrates, bourgeois, actrices, artisans, coiffés, poudrés…sortis, me dis-je, des souvenirs de Casanova, font un repas en plein air. Nous devons traverser cette cour vaste comme une arène, ce qui nous permet de longer, en les observant, les dîneurs. J’attrape surtout des visages de femmes savamment maquillées, décolletées, très désirables, et me dis en moi-même que je devrais intégrer plus tard ce club, d’autant que je prends un grand plaisir à regarder aussi les costumes, la vaisselle, le moindre détail des objets décoratifs ou usuels, qui sont aussi travaillés que dans Barry Lyndon. Puis je me rends compte très rapidement, marchant en détaillant ainsi les visages, de leur inexpressivité : ils n’habitent pas leurs habits, leurs rôles, s’ennuient comme des collègues de bureau dans un repas de fin d’année, et le contraste est choquant. Pendant que je constate tout cela, la densité des tables et des convives même s’est tellement accrue, que je me suis retrouvé sans m’en apercevoir absolument coincé au milieu d’eux, les allées extérieures se sont restreintes au point de disparaître, ou bien je ne les aperçois plus. J’ai perdu mon chemin et Thomas. Un des types m’aide à m’extirper de cette foule, de là je dois monter dans une calèche qui va refaire la route à l’envers. Je m’impose au côté de deux femmes d’âge bien mûr. Elles sont déçues quand je redescends de leur voiture.

J’essaie de joindre T, mais c’est avec son propre téléphone, lequel affiche une centaine de réseaux locaux qu’on doit choisir. Comme si le temps avait régressé, le téléphone capte à l’entour les ondes d’innombrables radios provençales des années 30-40, et ce sont leurs publicités au graphisme semblable à celui des affiches de cinéma de cette époque, dont le détail est admirablement précis, qui défilent sur l’écran.

Manuel Salvat, 26 mars 2014

31 mars 2014

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RêveClub ?

Le RêveClub est une collection, un club de rêveurs.

Il pourrait être la bibliothèque idéale de l’amateur de rêve.

Il est moins un projet d’artiste qu’une activité de collectionneur, guidé par une pure fascination pour cette activité humaine, pour le versant poétique, esthétique, littéraire, de cette production spontanée, de ce cinéma autonome, ainsi que des tentatives de témoignage en forme de récits de voyages vécus, bien réels.

Le site internet

Il est conçu comme un morceau de nuit où flottent des mots comme autant de clés pour des associations infinies. Vous pouvez aussi y verser de nouveaux rêves, et devenir ainsi un membre actif du RC si vous choisissez de laisser vos coordonnées.

Les rêves circulent : il vous sera envoyé un texte en réponse, offrant peut-être une proximité avec le vôtre.

Historique

Commencée en 2004, cette collection de récits d’ « anonymes », mélangés à des récits d’écrivains ou de cinéastes comme Queneau, Leiris, Burroughs, Baudelaire ou Fellini, a servi de base textuelle à la compagnie ÇA PEUT ETRE MOI : Jean-Michel Portal, Julie Denisse, Enrico Baradel, Brigitte Négro : jeu / Jean Cohen-Solal : musique / Manuel Salvat : vidéo, installations / Jean Palomba : écritures.

. 2005, Une année de rêves, Médiathèque d’Arles : résidence, lectures, performances, ateliers d’écriture

. 2007, RêveClub, Espace Van Gogh, Arles : installation Manuel Salvat, musique Jean Cohen-Solal

2010-2013,
RêveClub aux Archives départementales 13, Marseille

Un dépôt de la collection, qui constituera probablement la première banque de rêves intégrant des archives publiques, sera consultable à l’automne 2010, aux Archives départementales 13, sur place et en ligne.

Si elle partage avec reveclub.org la même base de récits, son indexation, sur la base d’un questionnaire développé avec des archivistes et un ethnologue, proposera des données contextuelles sur les rêveurs et leur témoignage, envisagés comme des « récits de vie » intéressant, entre autres, chercheurs en sciences humaines et historiens.

Le lancement de cette base de données sera annoncé sur cette page, ainsi que le programme des manifestations associées : nouvelle collecte publique, conférences, lectures, projections, exposition…

Manuel Salvat


Le RêveClub est accompagné depuis 2005 par l’association Zazie, soutenue par le Conseil Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur et la mairie d’Arles.

La création du site Reveclub.org et le programme associé sont soutenus par le Conseil Général 13 et les Archives départementales 13.

Le site Reveclub.org a été conçu et réalisé par Digital Deluxe.


" L’apparence de beauté qui règne dans ces mondes du rêve, que tout homme sait créer en artiste accompli, est la condition même de toute espèce d’art plastique, et aussi, pour une large part, de la poésie. "

Friedrich Nietzsche, La naissance de la tragédie

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