L’Afrique dans ton salon

J’arrive dans une salle de concours, celui d’attaché de conservation du patrimoine. Je suis en retard, je prends connaissance de la composition ou du rapport dont le sujet est à peu près :

« Une loi vient d’être votée au parlement, elle prescrit la restitution aux populations en faisant la demande des objets de musée appartenant à leur territoire ou leur pays d’origine. Dans ce contexte, votre élu à la culture vous demande de dresser un rapport prospectif de la situation à venir du musée dont vous avez la charge ».
Je me dis que c’est vraiment intéressant et surtout que du coup même sans avoir travaillé le concours, c’est jouable.
Et puis je m’aperçois qu’il s’agit en fait du sujet pour les candidats passant le concours en « externe ». Le sujet en « interne » qui me concerne donc (vu que je suis déjà fonctionnaire territorial) est tout autre. Non pas « un » du reste mais « deux » à choisir parmi trois. Je me souviens à peu près de deux, ceux que sans doute j’aurais choisi.

Le premier est une composition à partir d’un texte assorti d’un sujet ou un sujet longuement explicité et qui dit à peu près ceci : « Deux vaisseaux ayant la faculté de naviguer dans l’espace-temps traversent différentes époques chacun parallèlement. Chaque époque traversée voit l’environnement extérieur modifié, forcément, mais également l’environnement intérieur (outillage, mobilier etc.). En choisissant deux/trois époques, vous ferez brièvement le descriptif de ces environnements extérieurs et intérieurs, puis comparerez les intérieurs des deux vaisseaux pour chacune des époques, sachant que l’un l’autre s’affecte mutuellement dans leur changement ». A la lecture du sujet « externe » je me disais chapeau les concepteurs du sujet mais là je me le dis encore plus. Et c’est pas tout.

Le troisième sujet que je vais donc aussi choisir est un commentaire de texte assorti d’une brève présentation disant grosso modo : « L’auteur de ce texte comme ceux des autres sujets vous sera naturellement inconnu -tout simplement parce que c’est ainsi, ce genre d’auteur n’est pas lu par les candidats aux concours de la fonction publique, pas besoin d’aller chercher d’autres raisons que ça- l’auteur de ce texte donne à lire une pensée complexe relative à la politique culturelle et au développement de notre civilisation en quelques phrases. Un énoncé concis dont l’usage des formes poétiques et narratives ne saurait masquer une réflexion méticuleuse, attentive des évolutions profondes de la société contemporaine et de son état actuel. » Le texte est comme un calligramme très simple (et ressemble à une graphique statistique type pyramide des âges) il tient beaucoup de la poésie sonore et du créole réunionnais.

Les premiers mots m’ont échappé tout juste après mon réveil, j’en ai rattrapé d’autres, des cousins mais largement moins forts : « Akwaba, akwabon, t’as l’Afrique dans ton salon … »

Jérôme Gallician, Août 2012

21 août 2012

mots recit

  • Afrique
  • Concours
  • Calligramme
  • Espace-temps
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RêveClub ?

Le RêveClub est une collection, un club de rêveurs.

Il pourrait être la bibliothèque idéale de l’amateur de rêve.

Il est moins un projet d’artiste qu’une activité de collectionneur, guidé par une pure fascination pour cette activité humaine, pour le versant poétique, esthétique, littéraire, de cette production spontanée, de ce cinéma autonome, ainsi que des tentatives de témoignage en forme de récits de voyages vécus, bien réels.

Le site internet

Il est conçu comme un morceau de nuit où flottent des mots comme autant de clés pour des associations infinies. Vous pouvez aussi y verser de nouveaux rêves, et devenir ainsi un membre actif du RC si vous choisissez de laisser vos coordonnées.

Les rêves circulent : il vous sera envoyé un texte en réponse, offrant peut-être une proximité avec le vôtre.

Historique

Commencée en 2004, cette collection de récits d’ « anonymes », mélangés à des récits d’écrivains ou de cinéastes comme Queneau, Leiris, Burroughs, Baudelaire ou Fellini, a servi de base textuelle à la compagnie ÇA PEUT ETRE MOI : Jean-Michel Portal, Julie Denisse, Enrico Baradel, Brigitte Négro : jeu / Jean Cohen-Solal : musique / Manuel Salvat : vidéo, installations / Jean Palomba : écritures.

. 2005, Une année de rêves, Médiathèque d’Arles : résidence, lectures, performances, ateliers d’écriture

. 2007, RêveClub, Espace Van Gogh, Arles : installation Manuel Salvat, musique Jean Cohen-Solal

2010-2013,
RêveClub aux Archives départementales 13, Marseille

Un dépôt de la collection, qui constituera probablement la première banque de rêves intégrant des archives publiques, sera consultable à l’automne 2010, aux Archives départementales 13, sur place et en ligne.

Si elle partage avec reveclub.org la même base de récits, son indexation, sur la base d’un questionnaire développé avec des archivistes et un ethnologue, proposera des données contextuelles sur les rêveurs et leur témoignage, envisagés comme des « récits de vie » intéressant, entre autres, chercheurs en sciences humaines et historiens.

Le lancement de cette base de données sera annoncé sur cette page, ainsi que le programme des manifestations associées : nouvelle collecte publique, conférences, lectures, projections, exposition…

Manuel Salvat


Le RêveClub est accompagné depuis 2005 par l’association Zazie, soutenue par le Conseil Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur et la mairie d’Arles.

La création du site Reveclub.org et le programme associé sont soutenus par le Conseil Général 13 et les Archives départementales 13.

Le site Reveclub.org a été conçu et réalisé par Digital Deluxe.


" L’apparence de beauté qui règne dans ces mondes du rêve, que tout homme sait créer en artiste accompli, est la condition même de toute espèce d’art plastique, et aussi, pour une large part, de la poésie. "

Friedrich Nietzsche, La naissance de la tragédie

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