Je suis amoureux d’une méduse

Je tombe amoureux d’un animal marin composite d’organes internes de poisson à vif, cœur, foie, viscères, dénommé « méduse », destiné à l’assiette mais que j’ai adopté. Cependant cet animal se meurt, il faut lui trouver de l’eau de mer pour l’y plonger, alors que nous nous trouvons dans une ville loin des côtes, en pleine nuit. Je la serre sur mon cœur, alors que sa respiration se raréfie, qu’elle halète et pleure. Je pleure aussi en la serrant contre moi. C’est à ce contact que nous devenons amoureux l’un de l’autre, à tel point que je peux l’entendre me parler. Grâce à cet amour je peux la maintenir en vie jusqu’au moment où je pourrai l’immerger. On m’indique un poissonnier ouvert la nuit, petite échoppe qui nous fournira du liquide de vie. Elle vivra, (même si entre temps je rencontre une sorte de médecin, un « spécialiste » qui m’explique que son séjour à l’air a été trop long, qu’elle a dépassé le seuil fatal et qu’on ne peut plus rien pour elle que l’accompagner dans la mort. -P. est venue dîner le soir même) La méduse est un animal connu dans le milieu des magiciens, ceux-ci l’utilisent comme intermédiaire : télépathe, elle lit à merveille dans l’esprit humain. Notre histoire d’amour perdure, très passionnelle. Je dois souvent la sauver des chiens, des humains, des chasseurs car elle s’enfuit chaque fois que nous sommes en désaccord, exerçant un chantage à la peur : elle fugue, se cache pendant deux jours dans la végétation, mais à l’air libre, hors de son liquide. Un jour, n’en pouvant plus de souffrir, je décide de partir loin d’elle une semaine. Quand je reviens, Arnaud me montre une lettre de ma méduse : elle a épousé un pied-noir et vit à Marseille sur la Cannebière, où elle rédige ses mémoires, elle nous dit qu’elle est heureuse.

Manuel Salvat, 3 avril 93

17 mai 2010

Les mots-clé associés à ce rêve

Un mot au hasard : Fuite

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RêveClub ?

Le RêveClub est une collection, un club de rêveurs.

Il pourrait être la bibliothèque idéale de l’amateur de rêve.

Il est moins un projet d’artiste qu’une activité de collectionneur, guidé par une pure fascination pour cette activité humaine, pour le versant poétique, esthétique, littéraire, de cette production spontanée, de ce cinéma autonome, ainsi que des tentatives de témoignage en forme de récits de voyages vécus, bien réels.

Le site internet

Il est conçu comme un morceau de nuit où flottent des mots comme autant de clés pour des associations infinies. Vous pouvez aussi y verser de nouveaux rêves, et devenir ainsi un membre actif du RC si vous choisissez de laisser vos coordonnées.

Les rêves circulent : il vous sera envoyé un texte en réponse, offrant peut-être une proximité avec le vôtre.

Historique

Commencée en 2004, cette collection de récits d’ « anonymes », mélangés à des récits d’écrivains ou de cinéastes comme Queneau, Leiris, Burroughs, Baudelaire ou Fellini, a servi de base textuelle à la compagnie ÇA PEUT ETRE MOI : Jean-Michel Portal, Julie Denisse, Enrico Baradel, Brigitte Négro : jeu / Jean Cohen-Solal : musique / Manuel Salvat : vidéo, installations / Jean Palomba : écritures.

. 2005, Une année de rêves, Médiathèque d’Arles : résidence, lectures, performances, ateliers d’écriture

. 2007, RêveClub, Espace Van Gogh, Arles : installation Manuel Salvat, musique Jean Cohen-Solal

2010-2013, RêveClub aux Archives départementales 13, Marseille

Un dépôt de la collection, qui constituera probablement la première banque de rêves intégrant des archives publiques, sera consultable à l’automne 2010, aux Archives départementales 13, sur place et en ligne.

Si elle partage avec reveclub.org la même base de récits, son indexation, sur la base d’un questionnaire développé avec des archivistes et un ethnologue, proposera des données contextuelles sur les rêveurs et leur témoignage, envisagés comme des « récits de vie » intéressant, entre autres, chercheurs en sciences humaines et historiens.

Le lancement de cette base de données sera annoncé sur cette page, ainsi que le programme des manifestations associées : nouvelle collecte publique, conférences, lectures, projections, exposition…

Manuel Salvat


Le RêveClub est accompagné depuis 2005 par l’association Zazie, soutenue par le Conseil Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur et la mairie d’Arles.

La création du site Reveclub.org et le programme associé sont soutenus par le Conseil Général 13 et les Archives départementales 13.

Le site Reveclub.org a été conçu et réalisé par Digital Deluxe.


" L’apparence de beauté qui règne dans ces mondes du rêve, que tout homme sait créer en artiste accompli, est la condition même de toute espèce d’art plastique, et aussi, pour une large part, de la poésie. "

Friedrich Nietzsche, La naissance de la tragédie

En matière aliénique

J’étais dans une forêt d’Amérique du sud, dans un endroit ou d’anciens nazis s’étaient réfugiés à cause de la guerre. Frontière entre deux pays qui n’ont pas de frontière.

Le petit village s’appelait Paz.

Et là, seul dans les bois, je découvrais deux structures pyramidales de tétards sculptés, d’environ 2m50 de haut, en matière alienique, mais orangée, beige, comme les pâtisseries orientales au miel.

Plus loin, une autre structure, un ponton adossé à un arbre gigantesque (séquoia ?) qui descendait vers une autre structure en pierre, une sorte d’assiette géante dans laquelle de l’eau s’écoulait.

Le tout, dans mon esprit, était expliqué : c’était le lieu ancestral de civilisations qui avaient représenté la reproduction et le sexe de cette façon : les deux structures pyramidales étaient la représentation des hommes et l’assiette qui se remplissait d’eau, faite par les femmes. Le tout sur un fond étrange d’un rapport d’anthropologie lié au frottement lors de rapports sexuels, et l’intérieur des utérus.

Je découvrais ensuite une pancarte avec une tête de mort, qui parlait de ce site, et qui s’appelait Gaudi (!)

Ensuite je me rends dans le village, croise un espagnol avec un poncho de pluie, qui est terrifiant, mais me propose de l’argent pour me loger, et entre dans la cafeteria du site ou de jolies filles me proposent de dormir.

Romain Baujard, 29 octobre 2014 img224|center