La femme la plus pneumatique me précède

Je suis avec quelqu’un (Qui ?). Il fait gris. Gris foncé. Presque vert. Nous avançons dans l’eau pour rejoindre une sorte d’îlot dont la façade rocailleuse s’approche. Finalement, nous arrivons sur cette terre très accidentée. Deux femmes sont là, à la peau sombre (Sale, boueuse ?) et luisante. L’une est très belle, (un corps paradigme de la beauté occidentale - un canon). Mais elle est revêtue de hardes ou de débris végétaux, à la façon hollywoodienne. L’autre femme est bien plus en chair, beaucoup plus dévêtue. Celle qui parle est la première, la plus élancée. Elle nous entretient au sujet de cette terre, de ce qu’il y a à y trouver, de qui y vit. Notamment un très gros animal, entre le singe et l’éléphant que nous apercevons au détour d’un relief, portant une sorte de casque ouvragé. Elle monopolise mon regard mais je sens la présence silencieuse de l’autre, la plus ronde, et de la personne qui m’accompagne. En même temps, je ne peux m’empêcher de remarquer dans une crevasse, à même la paroi verticale et rocheuse - qui se dresse sur ma gauche - la présence d’un homme barbu et goguenard, aux yeux rigolards, entravé, les bras le long du corps. Il est immobilisé, sous des espèces de poutrelles prises dans la rocaille. Il semble trouver un certain plaisir dans cette posture. Je ne le fixe jamais. Mon regard balaie juste l’espace où il gît, et jamais je ne fais mine de le retenir dans mon champ de vision. De sorte que je pense que personne ne sait que je l’ai remarqué - à part lui-même, qui, chaque fois qu’il en a l’occasion, ne manque pas de me lancer quelque oeillade. Puis nous regardons vers là d’où nous venons. Il s’y presse une vague foule, très éparse, tout là-bas, après l’eau. Sur son bord, fondant cette fausse foule, apparaît un tigre. Il a le véritable air féroce des tigres, mais c’est plus un être hybride, déguisé en tigre que la bête véritable. Il se jette à l’eau, et très rapidement approche, jusqu’à nous rejoindre. Mais à mon grand soulagement, il poursuit sa trajectoire, laquelle ne nous croise pas, passe à quelques mètres du point où nous nous situons. Je décide alors de m’en retourner. la femme la plus pneumatique me précède, comme pour me guider. Nous entrons dans l’eau. Elle a les fesses nues. Au fur et à mesure que nous progressons (traversons-nous l’eau, ou sommes-nous complètement immergés ?), je la palpe, la caresse, spécialement ses fesses qu’elle a amples et dodues. je vais jusqu’à toucher à plusieurs reprises sa gorge et ses seins, sous la courte étoffe qui les couvre. Je le fais sans aucune gêne, toujours marchant derrière elle. Elle ne se retourne jamais, avançant d’un pas égal. Enfin, nous arrivons sur la berge ; elle s’éloigne sans me saluer, mais j’ai le sentiment que les visages que je croise alors me toisent ou me dévisagent de façon moqueuse ou réprobatrice, comme si elle les avait avertis de mes attouchements lubriques durant la traversée, et ce, par le seul pouvoir de son regard, en avant du mien.

Jean Palomba, 2005

17 mai 2010

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RêveClub ?

Le RêveClub est une collection, un club de rêveurs.

Il pourrait être la bibliothèque idéale de l’amateur de rêve.

Il est moins un projet d’artiste qu’une activité de collectionneur, guidé par une pure fascination pour cette activité humaine, pour le versant poétique, esthétique, littéraire, de cette production spontanée, de ce cinéma autonome, ainsi que des tentatives de témoignage en forme de récits de voyages vécus, bien réels.

Le site internet

Il est conçu comme un morceau de nuit où flottent des mots comme autant de clés pour des associations infinies. Vous pouvez aussi y verser de nouveaux rêves, et devenir ainsi un membre actif du RC si vous choisissez de laisser vos coordonnées.

Les rêves circulent : il vous sera envoyé un texte en réponse, offrant peut-être une proximité avec le vôtre.

Historique

Commencée en 2004, cette collection de récits d’ « anonymes », mélangés à des récits d’écrivains ou de cinéastes comme Queneau, Leiris, Burroughs, Baudelaire ou Fellini, a servi de base textuelle à la compagnie ÇA PEUT ETRE MOI : Jean-Michel Portal, Julie Denisse, Enrico Baradel, Brigitte Négro : jeu / Jean Cohen-Solal : musique / Manuel Salvat : vidéo, installations / Jean Palomba : écritures.

. 2005, Une année de rêves, Médiathèque d’Arles : résidence, lectures, performances, ateliers d’écriture

. 2007, RêveClub, Espace Van Gogh, Arles : installation Manuel Salvat, musique Jean Cohen-Solal

2010-2013, RêveClub aux Archives départementales 13, Marseille

Un dépôt de la collection, qui constituera probablement la première banque de rêves intégrant des archives publiques, sera consultable à l’automne 2010, aux Archives départementales 13, sur place et en ligne.

Si elle partage avec reveclub.org la même base de récits, son indexation, sur la base d’un questionnaire développé avec des archivistes et un ethnologue, proposera des données contextuelles sur les rêveurs et leur témoignage, envisagés comme des « récits de vie » intéressant, entre autres, chercheurs en sciences humaines et historiens.

Le lancement de cette base de données sera annoncé sur cette page, ainsi que le programme des manifestations associées : nouvelle collecte publique, conférences, lectures, projections, exposition…

Manuel Salvat


Le RêveClub est accompagné depuis 2005 par l’association Zazie, soutenue par le Conseil Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur et la mairie d’Arles.

La création du site Reveclub.org et le programme associé sont soutenus par le Conseil Général 13 et les Archives départementales 13.

Le site Reveclub.org a été conçu et réalisé par Digital Deluxe.


" L’apparence de beauté qui règne dans ces mondes du rêve, que tout homme sait créer en artiste accompli, est la condition même de toute espèce d’art plastique, et aussi, pour une large part, de la poésie. "

Friedrich Nietzsche, La naissance de la tragédie